Lecture de 2 minutes

Bovis, les mains invisibles du marché de l'art

Avant de passer par les musées, les galeries ou les expositions privées, les œuvres d'art passent par une étape décisive : le transport. Il s'agit d'un moment discret, mais risqué, où tout peut se jouer.

Bovis, les mains invisibles du marché de l'art

Avant de passer par les musées, les galeries ou les expositions privées, les œuvres d'art passent par une étape décisive : le transport. Il s'agit d'un moment discret, mais risqué, où tout peut se jouer. Depuis plus de quarante ans, le groupe Bovis, à travers sa branche Bovis Fine Art, se spécialise dans la manipulation et le déplacement d'objets hors normes, et notamment d'œuvres d'art. Ici, le mot « transport » paraît bien étroit, car il s'agit moins de déplacer que de préserver. Chaque intervention nécessite des protocoles précis, une attention constante et une connaissance fine des matériaux. Ni tout à fait visible, ni tout à fait absent, Bovis accompagne silencieusement la vie des œuvres.

Alexandre Bovis, directeur de la branche Fine Art depuis 2014, nous parle de ce corps de métier trop souvent oublié avec une passion rare : « la conservation intervient dès la manipulation de l'œuvre ». Avec Bovis, tout commence avant même le déplacement et se prolonge bien au-delà. Chaque œuvre est envisagée comme un organisme sensible qu'il s'agit de ne pas « stresser ». Cela suppose une continuité des conditions climatiques, hygrométriques, et une attention constante, du point de départ à l'installation finale. Cette approche trouve un écho tout particulier dans les situations d'urgence. Lors de l'incendie de Notre Dame en 2019, le groupe est mobilisé par la Direction Régionale des Affaires Culturelles. « On a tout décalé. Nos clients se sont montrés très compréhensifs », raconte-t-il. Il faut alors décrocher, évacuer, protéger des œuvres monumentales, parfois suspendues sous des voûtes fragilisées. Un travail à la fois logistique et presque chirurgical, rendu possible par une organisation capable de se reconfigurer en quelques heures; « On est peu nombreux à savoir faire cela », glisse Alexandre sans emphase. L'héritage industriel du groupe, souvent perçu comme une singularité dans le monde de l'art, devient un atout majeur. Rigueur des protocoles, culture de la sécurité, précision des outils, autant de qualité qui structurent chaque intervention. Qu'il s'agisse d'institutions ou de collectionneurs privés, l'exigence reste la même.

Cette exigence se heurte pourtant à une évolution préoccupante du marché. En effet, l'arrivée de nouveaux acteurs attirés par l'opportunité économique fragilise un écosystème pourtant fondé sur la compétence. «Quand je vois des équipes composées majoritairement d'intérimaires manipuler des œuvres dont la valeur est inestimable, cela me rend triste », confie-t-il. La baisse des budgets, notamment institutionnels, accentue cette tension entre coût et qualité, au détriment parfois des œuvres elles-mêmes. Vient alors la question de l'éthique.

Peut-on réellement dissocier la valeur d'une œuvre des conditions dans lesquelles elle est manipulée, transportée, installée ? Pour Alexandre Bovis, la réponse est sans ambiguité. La qualité d'exécution demeure la seule ligne directrice. Derrière cette exigence, il y a surtout une conviction; celle que rien ne remplace le geste sûr, l'œil exercé, l'expérience accumulée au fil des années. Un savoir-faire discret, presque invisible, mais sans lequel rien ne tient vraiment. 

Le guide du collectionneur et de l’amateur d’art contemporain