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L’ŒIL DE L’EXPERT : NOLAN-FRÉDÉRICK DARMON, INVESTIR DANS L’ART AVEC MÉTHODE

Dans un marché de l'art en constante évolution, où les codes traditionnels se mêlent aux nouvelles dynamiques internationales, savoir aligner passion artistique et stratégie patrimoniale devient un art en soi. Nolan Frédéric Darmon, fondateur de NexeArt Capital

L’ŒIL DE L’EXPERT : NOLAN-FRÉDÉRICK DARMON, INVESTIR DANS L’ART AVEC MÉTHODE
Nolan Frédérick Darmon Membre de la Chambre Européenne des Experts-Conseils en œuvres d'Art (CECOA)

Dans un marché de l'art en constante évolution, où les codes traditionnels se mêlent aux nouvelles dynamiques internationales, savoir aligner passion artistique et stratégie patrimoniale devient un art en soi. Nolan-Frédérick Darmon, fondateur de NexeArt Capital, accompagne collectionneurs et entreprises dans cette quête, offrant à la fois expertise, vision et conseils stratégiques. Dans cet entretien, notre expert revient sur son parcours, sa vision du marché de l'art et les enjeux qui façonnent aujourd'hui le conseil et la collection d'art.

Votre parcours mêle finance, private equity, expertise en art contemporain et urbain. Comment ces formations ont-elles influencé la création de NexeArt Capital ?

NOLAN : Mon parcours est résolument transversal. J’ai d’abord suivi une formation en finance, avant de me spécialiser en marketing puis d’intégrer une école d’ingénieurs. J’ai ensuite occupé plusieurs fonctions de direction commerciale dans des secteurs exigeant rigueur et expertise, notamment dans les nouvelles technologies. Parallèlement, j’ai toujours évolué dans un environnement artistique : mon père était expert, ma mère peintre. J’ai grandi au contact des musées, des œuvres et des collectionneurs. Très tôt, je me suis intéressé à la manière dont l’art pouvait s’inscrire dans une réflexion patrimoniale. Au fil de ma carrière, j’ai diversifié mes investissements, d’abord dans l’immobilier puis vers d’autres classes d’actifs. C’est à ce moment-là que j’ai intégré l’Executive MBA de HEC, avec l’envie d’ouvrir un nouveau chapitre professionnel. J’y ai développé une réflexion autour de l’investissement dans l’art et de la manière dont les attentes des investisseurs pouvaient être transposées au marché artistique. Ma thèse portait précisément sur les actifs artistiques comme marché non traditionnel. Cette recherche m’a ensuite conduit vers le private equity, avant que l’opportunité de créer NexeArt Capital, en totale indépendance, ne s’impose naturellement.

Comment définiriez-vous aujourd’hui votre rôle auprès des collectionneurs ?

NOLAN : Aujourd’hui, de nombreux investisseurs suivent les recommandations de leurs conseillers patrimoniaux ou les tendances du marché, sans toujours maîtriser les enjeux de liquidité ou de valorisation. Chez NexeArt, nous avons souhaité proposer une approche différente : accompagner les collectionneurs avec une vision à la fois stratégique et pragmatique. Notre rôle consiste avant tout à comprendre les attentes de chacun. Certains recherchent une émotion esthétique pure, d’autres souhaitent trouver un équilibre entre plaisir et valorisation patrimoniale, tandis qu’une autre partie adopte une logique d’investissement plus affirmée. Nous ne promettons jamais des rendements comparables à ceux de certains produits financiers. En revanche, nous orientons nos clients vers des œuvres solides, cohérentes et déjà inscrites dans une dynamique de valeur. Notre mission est de traduire les attentes des investisseurs dans le langage du marché de l’art, tout en conservant une indépendance essentielle. Cela implique une veille constante, une capacité d’anticipation et une sélection rigoureuse.

Quels sont les principaux avantages financiers de l’investissement dans l’art ?

N O L A N : Ils tiennent d’abord à sa souplesse. Contrairement à de nombreux placements financiers, l’art bénéficie d’une fiscalité relativement avantageuse. En France, une œuvre revendue moins de 5000 euros n’est pas imposable, et après vingt-deux ans de détention, la plus-value est exonérée. L’art constitue également un véritable outil patrimonial, notamment dans le cadre des successions ou de la diversification d’actifs. Contrairement à certaines idées reçues, il existe aussi une réelle liquidité sur le marché, à condition de sélectionner les bonnes œuvres et les bons artistes.

Quels critères utilisez-vous pour sélectionner les œuvres ?

NOLAN : Nous appliquons des méthodes inspirées du private equity. Cela implique une analyse approfondie des trajectoires d’artistes, des dynamiques de marché et des tendances de fond, sans céder au phénomène de mode. Nous cherchons avant tout à identifier des écarts de valorisation : des artistes dont le potentiel nous semble sous-estimé par rapport à leur positionnement réel. Comme dans l’immobilier, tout repose sur la capacité à acheter au bon moment et au juste prix. Notre travail repose donc sur une veille permanente et sur l’anticipation des valeurs de demain.

Pourquoi intégrer des talents émergents ?

NOLAN : Rien ne se gagne sans audace. Se limiter exclusivement à des valeurs déjà établies réduit nécessairement le potentiel de progression. Les artistes émergents offrent parfois des perspectives de valorisation considérables, précisément parce qu’ils sont encore accessibles. La diversification reste essentielle : elle permet à la fois de dynamiser une collection et de mieux protéger son patrimoine dans le temps.

Quelles erreurs observez-vous chez les collectionneurs ?

NOLAN : La précipitation et l’absence de méthode. Beaucoup de collectionneurs achètent sous l’influence des tendances, des galeries ou de l’effet d’engouement autour de certains artistes. Le risque est alors d’acquérir des œuvres à des prix largement supérieurs à leur valeur réelle. Il faut arrêter de céder au bruit et s’entourer d’experts indépendants.

Comment concilier passion artistique et rationalité financière ?

NOLAN : Comme en finance, tout dépend de la stratégie, de l’horizon d’investissement et du niveau de risque que l’on est prêt à accepter. Il nous arrive de recommander une œuvre qui ne suscite pas immédiatement un coup de cœur, simplement parce que son positionnement de marché nous semble particulièrement pertinent. L’important est d’anticiper, de sélectionner et de savoir dire non.

Le leasing d’Le leasing d’œuvres est-il une solution pertinente ? est-il une solution pertinente ?

NOLAN : Oui, car il transpose au marché de l’art un mécanisme déjà bien connu dans d’autres secteurs. L’entreprise loue une œuvre pendant une durée déterminée, déduit les loyers de ses charges, puis peut, à terme, en devenir propriétaire. Ce dispositif permet à la fois d’étaler le coût d’acquisition, d’optimiser la fiscalité et de constituer progressivement un patrimoine artistique au sein de l’entreprise.

Quels défis anticipez-vous pour le marché de l’art ?

NOLAN : Le marché traverse actuellement une phase de correction après plusieurs années de spéculation intense. Certaines œuvres ont connu des pertes de valeur très importantes. Chez NexeArt Capital, nous avons volontairement choisi de rester à distance de certaines tendances spéculatives, notamment les NFT, afin de privilégier des valeurs tangibles et durables. Dans ce contexte, l’indépendance, la rigueur analytique et la défense des intérêts des collectionneurs deviennent plus essentielles que jamais.

Quels conseils pour concilier passion et stratégie ?

NOLAN : Il faut avant tout adopter une vision structurée, c’est-à-dire définir un horizon, mesurer son niveau de risque et clarifier ses objectifs. Une collection ne se construit ni dans l’urgence, ni sous l’effet des tendances. Parfois une œuvre mérite d’être acquise avant même de provoquer une adhésion immédiate, simplement parce que sa valeur potentielle est réelle. Le rôle d’un conseiller est aussi de savoir freiner certaines impulsions et d’éviter les erreurs dictées par le marché. Pour NexeArt Capital, l’indépendance et la rigueur font la différence.

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